07 septembre 2011

"Fumer m'a sauvé la vie": comment ils ont survécu au 11/09

A l'heure de célébrer la date dorénavant commemorée comme "le jour le plus noir de l'époque contemporaine", chaque New Yorkais, touriste, spectateur médusé devant son poste de télévision un certain 11 septembre 2001 se souvient de ce qu'il faisait à l'instant où les tours jumelles ont été frappées de plein fouet par la folie d'Al-Qaïda.

Une cigarette, un métro, une panne de réveil
Nombreux sont ceux également qui se remémorent ces jours-ci comment ils ont échappé, à un cheveu, aux attentats du World Trade Center il y a dix ans. Comment une cigarette, un métro en retard, une rencontre fortuite en rue, un détour à pied pour profiter du beau ciel bleu de septembre ont pu leur éviter de vivre - et de faire vivre à leurs proches - le pire. Comment une décision anodine leur a évité de justesse de rentrer dans l'Histoire.

Greer Epstein n'est pas du genre à prendre des pauses. Chez son employeur, Morgan Stanley, on travaille sans relâche. D'ailleurs, ce matin-là, elle n'avait en aucun cas le temps de quitter un seul instant son bureau au 67e étage de la seconde tour du WTC. Puis à neuf heures moins vingt, un collègue l'appelle et lui propose de parler d'une importante réunion prévue ce jour-là autour d'une cigarette à l'extérieur. Après une hésitation, Greer prononce le: "Eh bien oui, écoute, pourquoi pas après tout?" qui changera sa vie.

Un avion, puis deux
Elle ressent l'ascenseur vibrer en cours de trajet, mais cela était déjà arrivé. Elle ne réalise pas un instant ce qui se passe. Une fois en bas, elle constate que des centaines de personnes regardent, pétrifiées, vers le haut. Un avion vient de percuter la tour nord du WTC. Une pluie de papiers volent dans les airs.

A peine le temps de comprendre, un second appareil touche cette fois la seconde tour. Si elle avait écouté la culpabilité qui la hantait lorsqu'elle descendait les étages de la tour numéro 2, Greer aurait décliné l'invitation de son collègue et n'aurait jamais eu l'occasion de raconter son histoire.

Vacances manquées
Mais elle n'est pas la seule. Daniel Belardinelli, lui, avait invité son oncle à visiter le Yosemite National Park. Un ami lui avait donné des "kilomètres gratuits" lui permettant de payer le trajet jusque San Francisco avec son oncle. Une semaine avant le départ, des impératifs de travail l'empêchent de prendre part au voyage, il laisse son oncle s'envoler seul. Le 11 septembre 2001, ce dernier mourra à bord du vol 93 de United Airlines.

Au début, la culpabilité a également rongé Daniel. Il avait envoyé une personne qu'il aimait vers une fin terrible. Mais il s'est ensuite souvenu que son oncle lui disait: "Vis ta vie autant que possible. Une catastrophe est trop vite arrivée". Et si Daniel a décidé de voir de l'avant, Greer aussi. Elle qui ne concevait pas de faire des pauses durant le travail et consacrait trop de temps à son job a vu cela comme un signe; elle fut dès lors la première à répéter à ses collègues que la vie ne tourne pas uniquement autour du travail.

Elle a été licenciée entre temps mais ne regrette rien. "Je ne prenais même pas de vacances; j'ai littéralement vécu 20 ans sur mon lieu de travail". Aujourd'hui, elle préfère s'occuper de sa mère de 89 ans. Laquelle ne lui a plus jamais reproché son penchant pour la cigarette.

Elle voulait absolument prendre l'un des avions détournés
D'autres ont l'impression que des innocents sont morts à leur place. Ainsi, Elise O'Kane, une hôtesse de l'air en service le 11 septembre, était furieuse ce matin-là que, suite à des problèmes informatiques, elle avait été bookée sur un vol qui ne l'arrangeait absolument pas. Elle désirait travailler sur le vol Boston-Los Angeles et pas un autre. Après cette erreur d'horaire, elle réussit à échanger chacun de ses vols avec des collègues, excepté le vol 175 du 11 septembre.

La veille, en dernière minute, elle arrive à ses fins, mais la deadline pour valider un changement de personnel était dépassée d'une poignées de secondes seulement. Impossible d'effectuer la transaction informatique demandée. Le matin du 11 septembre, Elisa se rend dans la navette la menant à son avion la rage au ventre. Son voisin de 33 ans, ravi d'être sur le vol pour LA, ne cache pas son plaisir de voler vers le soleil et de boire un Bloody Mary en arrivant. Elle s'offusque un instant, puis, contente pour son collègue, se réjouit pour lui. Son vol ne le mena jamais vers le soleil.

Injustice, culpabilité
"Pourquoi eux et pas moi?", se demande Elise. Le destin, la fatalité, tout l'avait empêchée de prendre cet avion. "Je ne suis pourtant pas un ange", culpabilise l'hôtesse. "Dieu a d'autres plans pour toi", l'a consolée un collègue. Elise a alors décidé d'une reconversion pour aider les autres. Elle est devenue infirmière en cardiologie. "Si j'avais baissé les bras, si je m'étais gâché la vie après ça, les terroristes auraient gagné. Ils n'ont pas réussi à me détourner de ce que j'aimais faire", conclut-elle.

Ils sont bien d'autres à avoir échappé à la fatalité ce matin-là. A ne pas s'être levés pour travailler après une soirée trop arrosée, à avoir décidé de prendre un jour de congé improvisé à cause d'une rupture sentimentale douloureuse, à avoir raté leur avion, à ne pas être arrivés à l'heure à un rendez-vous au WTC à cause d'un taxi trop lent. Cinq minutes de retard, un concours de circonstances ou une décision anodine plus tard, ils n'allaient pas disparaître de la vie de ceux qui les aiment. Entre temps, ils ont changé de vie, sont devenus parents, ont été heureux, ont retrouvé le goût de vivre, ont cru en la chance. C'est sans doute le seul regard de joie que l'on peut porter sur le tragique 11 septembre 2001.

 

7sur7

12:00 Écrit par NAOME dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | |  Imprimer

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